Adolescents et antidépresseurs : ce que la vague post-Covid change aussi pour leur sourire

Depuis 2020, un chiffre revient sans cesse dans les études de santé publique : celui de la santé mentale des adolescents, mise à rude épreuve par la pandémie. Confinements, isolement social, incertitude scolaire, les jeunes ont payé un lourd tribut psychologique, et les prescriptions d'antidépresseurs en portent la trace. Chez NaTooth, on s'intéresse à la bouche dans toute sa complexité : et cette complexité inclut aussi ce que le corps traverse ailleurs. Voici ce que dit la science récente, et pourquoi cela nous concerne, nous, professionnels et passionnés de santé bucco-dentaire.
Une hausse spectaculaire, surtout chez les adolescentes
Une étude parue dans Pediatrics et menée par une équipe de l'Université du Michigan a analysé les données de plus de 18 millions de jeunes âgés de 12 à 25 ans aux États-Unis entre 2016 et 2022. Le constat est net : la dispensation d'antidépresseurs augmentait déjà avant la pandémie, mais son rythme s'est accéléré de près de 63,5 % après mars 2020. Cette accélération touche presque exclusivement les filles : chez les adolescentes de 12 à 17 ans, la hausse atteint environ 130 %, contre une évolution quasi nulle, voire une légère baisse, chez les garçons du même âge.
En France, le constat est similaire. Une étude nationale publiée en 2024 a suivi près de 8,8 millions de prescriptions de médicaments psychotropes délivrées à des enfants et adolescents de 6 à 17 ans entre 2016 et 2022. Les chercheurs y observent une augmentation continue des prescriptions dans les deux années suivant le début de la pandémie, pour toutes les classes de psychotropes sauf les psychostimulants. Une autre étude française, portant sur la période 2015-2022, confirme que cette hausse chez les 12-18 ans ne s'est pas résorbée : plus de deux ans après le premier confinement, la consommation d'antidépresseurs continue de croître chez les jeunes, en particulier chez les jeunes femmes.
Une revue de littérature récente, ayant compilé quatorze études menées dans onze pays de l'OCDE, va dans le même sens : dix études sur quatorze rapportent une hausse des prescriptions d'antidépresseurs et d'antipsychotiques chez les jeunes pendant la pandémie, avec des écarts marqués selon le sexe et l'âge, les adolescentes restant le groupe le plus concerné.
Le lien, souvent oublié, avec la bouche
Ce que l'on discute moins souvent, c'est l'effet de ces traitements sur la cavité buccale. Une revue systématique publiée en 2024, ayant analysé onze études observationnelles, met en évidence une association cohérente entre la prise d'antidépresseurs et un risque accru de xérostomie (bouche sèche), de caries et de maladie parodontale. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et les antidépresseurs tricycliques sont les plus souvent en cause, avec des taux de bouche sèche pouvant atteindre 58 % chez les patients sous tricycliques. Des troubles du goût et, plus rarement, des complications hémorragiques buccales sont également rapportés.
Une revue clinique parue en 2025-2026 précise le mécanisme : ces médicaments, en particulier les ISRS et les tricycliques, réduisent le flux salivaire, ce qui favorise l'apparition de caries, altère l'équilibre parodontal et peut s'accompagner de bruxisme (grincement des dents). À cela s'ajoute un facteur souvent négligé : la dépression elle-même peut fragiliser l'hygiène bucco-dentaire au quotidien et éloigner des rendez-vous chez le dentiste, créant un cercle qui aggrave encore le risque.
Pour les adolescents, la littérature reste encore partielle (les chercheurs appellent explicitement à davantage d'études ciblées sur cette tranche d'âge) mais les indices disponibles suggèrent déjà que la xérostomie liée aux antidépresseurs peut, chez les jeunes aussi, augmenter le risque carieux à un moment clé de la formation de leur dentition adulte.
Ce que cela change, concrètement
Pour les parents, les jeunes eux-mêmes et les professionnels de santé bucco-dentaire, ce croisement entre santé mentale et santé orale mérite d'être pris au sérieux, sans dramatiser :
Parler ouvertement du traitement au cabinet dentaire, pour adapter le suivi et la prévention.
Surveiller la sécheresse buccale : hydratation régulière, éventuellement des substituts salivaires si besoin, et une attention particulière aux zones les plus exposées à la carie.
Maintenir une routine d'hygiène simple mais réelle, même, et surtout, dans les périodes difficiles : le nettoyage interdentaire quotidien reste l'un des gestes les plus protecteurs contre la carie et l'inflammation gingivale, précisément là où la salive protège moins.
Multiplier les contrôles dentaires pendant les périodes de traitement, pour repérer tôt tout signe de fragilisation.
C'est aussi pour cela que, chez NaTooth, nous pensons que le soin bucco-dentaire ne devrait jamais être un geste isolé du reste de la santé. Un fil dentaire biodégradable ou une brossette interdentaire glissés dans la trousse d'un adolescent, ce n'est pas qu'un geste écologique : c'est un petit rituel de soin de soi, accessible même — et surtout — quand tout le reste semble plus lourd à porter.
Sources scientifiques citées (2020-2026)
Chua KP et al., Antidepressant Dispensing to US Adolescents and Young Adults Before and After the COVID-19 Pandemic, Pediatrics, 2024.
Étude nationale française, Psychotropic Medication Prescribing for Children and Adolescents After the Onset of the COVID-19 Pandemic, 2024 — PMC11040414.
Prolonged increase in psychotropic drug use among young women following the COVID-19 pandemic: a French nationwide retrospective study, 2024 — PMC11218156.
The COVID-19 pandemic's impact on psychotropic medication prescriptions for children and adolescents: a scoping review, PubMed/PMC13480077, 2024-2025.
Oral Manifestations in Patients in Treatment with Antidepressants: A Systematic Review, 2024 — PMC11594724.
Oral health considerations in patients receiving antidepressant therapy: Clinical implications and management strategies, PMC13150264, 2025-2026.





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